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Les moments forts de la diplomatie culturelle en 2011 (2)

Le colloque organisé par l’Institut Français les 12 et 13 décembre 2011 avec le titre « Diplomatie culturelle. Un atout pour la France dans un monde en mouvement » entre communication publique et diplomatie publique


Une conférence importante dans le champ de la diplomatie culturelle,au cours de l’année 2011,c’était celle organisée par le Ministère des Affaires Etrangères et l’Institut Français,au Collège de France,avec le titre :« Diplomatie culturelle. Un atout pour la France dans un monde en mouvement ».  Une conférence qui s’est servie largement des nouveaux média :les débats de la conférence ont pu être suivis en direct sur Internet (20 000 personnes) et les vidéos peuvent encore être consultées,deux mois après avoir eu lieu,sur le site colloque-diplomatie-culturelle.fr et sur le site de l’Institut Français.

Une action de communication publique,puisque la diplomatie culturelle est sortie se montrer au peuple,elle communique sur elle-même,elle veut se faire connaître auprès du grand public. Une action (indirecte plutôt) de diplomatie publique,puisque les instances du gouvernement ont fait connaître leurs idées auprès des représentants d’autres pays qui vont communiquer,eux aussi,par la suite.

Voici,pour ceux qui n’ont pas pu suivre les travaux de la conférence,quelques idées qui ont été exprimées[1]:

Une première table ronde s’est intéressée à « La diplomatie culturelle dans les diplomaties d’influence »,un positionnement (de la France) sur la scène des relations internationales culturelles.

Il semble une certitude,du côté de la France,cette prise de conscience du fait qu’elle n’est plus le seul foyer culturel voulant rayonner à l’extérieur.  Bruno Racine,président de la Bibliothèque nationale de France,parle d’une « nouvelle cartographie de la culture mondiale ». Les modèles européens et américains ne sont plus les seuls à se reproduire dans le monde entier,des initiatives extra-occidentales comme celles chinoises,avec les Centres Confucius,sont apparues déjà depuis à peu près une dizaine d’années.  On a parlé,dans ces conditions,d’une possible régression,dans le futur,du modèle occidental de la diplomatie culturelle comme diplomatie d’influence,mais est-ce que cela est vraiment possible si on pense au fait que ce type de diplomatie occidentale a servi de modèle aux diplomaties culturelles non-occidentales ?

Pour ce qui est de la diplomatie spécifique américaine,deux aspects ont été soulignés,grâce à deux intervenants,Eytan Gilboa et Justin Waïsse. Aux Etats-Unis,la « Public diplomacy » fait office de diplomatie culturelle,tout en étant,bien sûr,une diplomatie d’influence. Eytan Gilboa,visiting professor à l’USC Center on Public Diplomacy de Los Angeles,  théoricien de la « public diplomacy »,nous a fait un aperçu de cette dernière,en nous assurant que la culture est un instrument principal de la « public diplomacy» et que cette dernière est à son tour une composante clé de la « soft power ».

L’importance du commerce pour la diplomatie d’influence américaine a été très bien soulignée par Justin Waïsse directeur de recherches à Center on the United States and Europe,Brookings Institution.  Un des moteurs principaux qui ont mu la diplomatie culturelle américaine a été la préoccupation du gouvernement américain d’ouvrir les marchés ce qui a entraîné l’explosion de l’industrie culturelle américaine et la dissémination des produits culturels américains partout dans le monde.

A la différence des Etats-Unis,préoccupées surtout par la puissance de projection de leur diplomatie culturelle,le Royaume – Uni manifeste un désir de réciprocité dans sa diplomatie d’influence. Martin Davidson,Chief executive of the British Council a accentué (dans la deuxième table ronde,« Géopolitique des diplomaties culturelles ») le fait que son institution pratique une diplomatie culturelle  in both directions.

Avec la préoccupation de la diplomatie culturelle française pour la diversité culturelle,les diplomaties culturelles « à l’européenne » semblent engagées dans cette voie des relations bidirectionnelles et réciproque dans la champ de la culture.

Tout de même,et surtout pour la diplomatie culturelle française,l’équilibre très délicat entre projection de la culture française et diversité culturelle demande une grande habileté à être tenu.

Pascal Nègre,président directeur général d’Universal Music France [2],au cours de la troisième table ronde,« Culture et économie :le rôle des industries culturelles » a exprimé sa conviction que la francophonie va devenir,grâce à l’essor du numérique,un modèle économique aussi,et pas seulement politique et culturel,ce qui va beaucoup conforter la diplomatie culturelle française.

Pour ce qui est de la création française,Alain Quemin,professeur de sociologie de l’art à l’Université Paris 8 a insisté,dans le cadre de la sixième table ronde,« Diplomatie culturelle et soutien à la création » sur le fait que les institutions dédiées à la diplomatie culturelle (Ministère des Affaires Etrangères,Institut Français),devraient entretenir une relation plus étroite avec la Direction de la Création du Ministère de la Culture et de la Communication. Il rappelle aussi que les Etats-Unis et l’Allemagne écrasent la diversité culturelle et que,dans ces conditions,une priorité en France serait que l’argent publique aille au soutien des artistes français.

Olivier Poivre d’Arvor,directeur de France Culture et ancien directeur de l’actuel Institut Français,a illustré par l’exemple américain l’attitude que les institutions de l’état français devraient avoir (en matière budgétaire),par rapport à la culture :dans le programme New Deal (1933-1938) par lequel Franklin Roosevelt entendait lutter contre la Grande Dépression,une partie importante était dédiée (en période de crise donc) au soutien à la création. Ainsi des artistes comme Jackson Pollock,Joseph Losey,Arthur Miller,Orson Welles ont pu en profiter et nourrir leur création qui a fait bénéficier l’Etat américain.

Samantha Jobs,chef adjoint du Digital Diplomacy Group,Foreign and Commonwealth Office,a parlé,dans le cadre de la dernière table ronde,« Le numérique :nouveaux espace de diffusion,nouveaux espace de débat »,de la digital diplomacy,qui n’est autre qu’une « classical diplomacy with digital tools » [3].

En clôturant le colloque,le sujet de cette table ronde est révélateur pour les conclusions qui ont pu en être tirées :les nouvelles technologies sont un élément important,autant dans la diffusion des produits culturels ou des idées,que dans leur qualité d’être un espace de débat (les mouvements révolutionnaires des pays arabes le démontrent). Le lien avec les industries culturelles et avec le commerce est tout aussi important,si on veut une diffusion à une échelle importante des produits culturels.

Une bonne nouvelle est que de plus en plus de pays font la démarche d’utiliser les bienfaits de la culture dans diverses formes d’une diplomatie d’influence. Le pouvoir de ce soft power se trouve renforcé.

Signe de ce renforcement est l’organisation de ce colloque même,au-delà de la traduction d’une réorganisation de la diplomatie culturelle française,dans le sens d’un effort de décentralisation.

Oana Barsan

 

 

 

 

 

 


[1] Sélection subjective et partielle ;le programme complet des tables rondes,les intervenants et les vidéos des interventions se trouvent à l’adresse :http://colloque-diplomatie-culturelle.com/pro/fiche/quest.jsp;jsessionid=7843DB3EC41A4D336F0C615D4B485EDB.gl1 ou à l’adresse :http://www.institutfrancais.com/evenement/La-diplomatie-culturelle-un-atout-pour-la-France-dans-un-monde-en-mouvement/evpg1152.html

[2] Vivendi,le groupe duquel Universal Music fait partie,est le troisième groupe industriel (culturel) mondial.

 

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